BubbleGum, la vie pas en rose bonbon
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Engueulade avec Flo. Reproches dans la figure, insultes qui volent, mots qui se fracassent. Ca me ferait sans doute mal si j'étais pas tellement en train de planer. Je la regarde crier, hurler, pleurer. Je l'observe en train d'essayer de me raisonner. Elle se montre tantôt dure, tantôt compréhensive; tantôt agressive, tantôt rassurante. On dirait une mauvaise pièce de théâtre. Elle joue faux. Je le lui dit, ça l'énerve encore plus. - C'est toi qui joue, elle me dit. Tu joues avec toi, avec ton corps, avec ta santé. Avec moi aussi tu joues. Avec le monde entier! On dirait que rien d'autre n'a d'importance à tes yeux...
Je ne lui dit pas que ce n'est pas vrai, parce que je sais que quelque part, elle a un peu raison. Enfin, qu'elle n'a pas tout à fait tort. Mais je ne vois pas en quoi cela constitue un problème. Ca non plus, je ne lui dit pas. Je décide que la scène a suffisament duré. Je m'approche, la prend par le bras, veut la serrer contre moi. Mais ça marche pas, elle se rebiffe, et, entre deux sanglots, me lâche: "Non, c'est trop facile..."
Là j'explose. Je hurle: "Et pourquoi faudrait que ce soit toujours difficile, hein? Pourquoi? Tu crois que j'ai pas déjà eu assez difficile, moi? Tu crois pas que j'en ai marre, des trucs difficiles? Tu crois que j'en ai pas eu ma dose?"
Grand moment de silence. Je reprends, plus calme: "Tout ce que je demande, c'est un peu de tranquilité. Un peu de paix. Et un peu de facilité, oui, c'est vrai. C'est si répréhensible que ça?" Elle n'a pas répondu. Elle est partie se coucher, sans un mot. Je n'ai pas essayé de la retenir.
J'ai zappé un peu à la télé. Un feuilleton policier allemand mal doublé. Un autre français. Une émission de télé-réalité aux règles trop tordues ue pour que je m'y intéresse. Un truc genre Fort-Boyard. Rien de regardable. Je décide de mater un DVD, mais avant, de m'offrir un petit fix... Finalement, j'ai pas mis de DVD du tout...
Quand je suis allée me coucher, Flo s'est réveillée. Sans un mot, elle s'est levée, a pris une couette dans l'armoire et est partie au salon. J'ai supposé qu'elle allait sur le sofa, et encore une fois j'ai eu la flemme de la retenir...
Ce matin, elle est venue m'embrasser dans le cou comme si de rien n'était...
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Fin de l'aventure
Voilà, c'est fini. J'ai craqué. Retour à la case départ, moins qu'à zéro. Tous mes efforts de ces deux derniers mois, ppppcht, réduits à néant, en moins de deux secondes, comme une baudruche qu'on perce, qui se dégonfle à vue d'oeil et qui ne reste plus qu'un vague souvenir dans l'esprit de l'enfant qui le tenait. Et s'il pleure trop, ses parents lui en offrent alors une autre, pour le calmer, et puis basta.
Mais pour moi y aura pas de deuxième ballon. Pas de deuxième chance. C'est trop dur. Les crises de collique, la diarhée, les nausées, les vomissements, les courbatures, les migraines, les dents qui claquent et le os qui se durcissent au point de devenir tranchants. Cette impression, là, qu'on va crever sur place si on a pas sa dose. Tout ça pour rien. Parce qu'on est jamais sevré. Oh, on a peut-être décroché physiquement, mais la tête, elle, elle reste toujours dedans.
Alors oui, j'ai craqué. Et je sais que maintenant tout est foutu. J'en suis à mon troisième shoot depuis hier, et je m'arrêterai pas là. C'est affreux, je sais, mais vous, vous ne pouvez pas savoir à quel point c'est bon!
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Dépression II, la résurrection du retour.
Gros coup de déprime. Ca faisait tellement longtemps que ça m'était plus arrivé. Deux mois environ. J'avais été trop occupée avec le sevrage, j'en avais oublié ma dépression qui s'est mise en mode stand-by dans un coin reculé de mon cerveau. Et maintenant que je souffle un peu, la voilà qui se réactive d'un coup, comme pour me dire: "Tu croyais quand même pas que t'allais en être quitte comme ça? C'était trop facile!"
Je la sens se mouvoir dans mon être, se promener dans les couloirs de ma vie, me narguer à l'intérieur de moi-même, comme le ferait un cancer généralisé. "Chiche que tu sais pas m'attraper!" Eh bien non, je ne sais pas. Et pour tout dire, j'en ai marre de courir pour un but perdu d'avance. Marre de m'essouffler en vain.
J'ai plus envie de lutter. Même plus envie de faire taire cette salope de dépression à coups de Xanax. Trop d'énergie dispensée pour rien. La seule chose dont j'aurais réellement envie, c'est d'un putain de fix. Et merde.
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Petite escapade
Petite excursion en Hollande avec Phil et Ju aujourd'hui. On a pris la voiture de Ju, une petite peugeot blanche toute pourrie. C'est Ju qui conduisait, et Phil était à côté de lui, il faisait semblant de savoir lire la carte, ce qui était assez drôle étant donné que je le connais depuis assez longtemps pour savoir qu'il en est parfaitement incapable. On est parti très tôt, genre vers 7 heures du matin, on voulait profiter de la journée, avec dans l'habitacle une grosse couverture (pas de chauffage dans la voiture), un thermos de café bouillant, quatre pommes et trois paquets de petits beurres. Flo et moi on s'est pellotonnées à l'arrière sous la couette dans l'intention de finir notre nuit, et on est parti.
Autoroute banale, vers le nord. Kilomètres de bitume. On veut mettre de la musique pour empêcher Ju de s'endormir au volant. Flo et Phil se chamaillent pour savoir quel CD mettre. Ils sont mignons, on dirait deux gosses. Finalement c'est Flo qui gagne et bientôt toute la voiture raisonne au rythme de Macadam Massacre. On discutte de choses et d'autres, on débat anarchie, communisme, déisme. On s'enflamme, on veut s'imposer, crier plus fort que les autres. Mais on finit toujours par éclater d'un grand fou-rire. C'est bon d'être entre amis!
On atterit finalement à Katzand (pas sûre du tout de l'orthographe), une petite ville côtière, tout près de la frontière, juste à côté du Zwin. Ca me rapelle mon enfance. Vu le temps, il n'y a pas un chat. Le ciel est gris, le vent souffle par rafales. Personne sur la plage. Nous en profitons pour y faire une balade entre les dunes, avec le vent ensablé qui nous fouette le visage. Quand j'embrasse Flo, je sens le goût du sel sur ses lèvres. On marche ainsi, enlacés deux par deux, pendant deux bonnes heures. On se chamaille, on se court après, on essaye de pousser Phil à l'eau mais il résiste. Il est costaud, le gaillard. Encore un fou-rire.
Fatigués par la route, la promenade et l'air marin, nous nous asseyons à une terrasse et commandons comme déjeuner le dessert traditionnel de la région: une pomme cuite farcie à la glace vanille. C'est tellement délicieux qu'on hésite à en commander une seconde tournée, puis finalement on renonce, vu le prix. On reste encore là quelmques temps, emmitouflés dans nos écharpes et nos capuches, à parler de tout et de rien.
Puis à 14 heures 30, nous reprenons la voiture. Direction: Roosendaal, à une quarantaine de kilomètres. C'est une toute petite ville pas loin de la frontière (c'est d'ailleurs ce détail qui fait en partie sa renommée). On avait pensé se ballader un peu au hasard des rues, mais non, il faisait trop froid, et nous nous sommes donc réchauffé dans un coffee autour de quatre chocolats chauds et d'un joint atomique de... Bubble Gum (bah oui, maintenant vous savez d'où me vient mon pseudo!)
On a visité deux ou trois autres coffees, et on est finalement repartis vers Bruxelles avec 50 grammes de Skunk dans le coffre de la voiture. Un retour sans histoire après une journée tout simplement merveilleuse... J'aimerais me sentir comme ça plus souvent...
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Régression
Ai appelé ma mère. J'aurais pas du. Elle est dans un sale état, son mec s'est barré soi-disant "en vacances" et n'a donné aucune nouvelle. Elle a d'abord pensé à un accident de la route, puis à une maîtresse, puis à une disparition volontaire, et enfin à un enlèvement terroriste. J'lui ai dit en essayant de rigoler: "Maman, on est pas en Irak!" Mais elle a pas eu l'air de trouver ça drôle. Moi non plus en fait. Le truc, c'est que ça me rend méga triste d'être juste au téléphone avec elle et de pas pouvoir la consoler, la prendre dans mes bras comme elle le faisait quand j'étais gamine.
Ca me parraît tellement loin, cette époque-là! Ca fait des années qu'elle m'a pas prise dans ses bras. C'est pas qu'elle en avait pas envie, oh non, c'est moi qui voulait plus. J'avais trouvé d'autres bras que je pensais plus réconfortant. Ceux de Flo, et puis bien sûr ceux de Dame Héroïne. Et maintenant que j'ai lâché ceux de cette dernière, je me retrouve toute conne. Ouais, il reste Flo. Mais c'est pas pareil. Ses câlins sont pas ceux d'une maman... Ou alors d'une maman très perverse...
C'est bizarre, avec la came je m'étais émancipée très vite. Et là, je me sens redevenir une très très petite fille. Qu'il faut tout le temps rassurer, bercer, aimer. Au fur et à mesure que je résiste à l'addiction, je me replie de plus en plus sur moi. Je me rétracte de la vie d'adulte en miniature que je vivais. Qu'est-ce qui se passe? Je ne comprends rien à ce qui m'arrive...
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Voyage dans le temps
Retour à Bruxelles. Le ciel gris et bas. La pluie, les rues tristes. C'est d'un déprimant! Non. Je suis injuste. J'aime ma ville comme une maîtresse, ou comme une soeur, selon les circonstances. Mais quoi qu'il en soit, je l'aime.
Revu des gens que j'avais pas vu depuis mon départ, ou depuis bien longtemps avant. Nico, le frère de Lio. Trois ans que je l'avais pas revu. Depuis l'enterrement, ou presque. On s'était croisé à deux reprises dans un squatt, ça nous avait mis mal à l'aise. Enfin, moi, ça m'avait mise mal à l'aise. Lui, je ne sais pas. Cette fois-ci ça a été. On a été prendre un verre, on s'est raconté nos vies. Toutes nos vies depuis la mort de Lio.
C'est en en parlant avec lui que j'ai compris à quel point ça avait été un tournant dans ma vie. J'ai changé de style, j'ai changé de bord. Changé mes fréquentations, changé mes occupations. Flirt avec la came, flirt avec la mort. Ca n'était pas un hasard... Nico aussi a changé. On dirait qu'il a pris dix ans dans les gencives, alors que ce ne sont mêmes pas trois années qui se sont écoulées. Une éternité.
On a parlé de lui aussi, de Lio. Du garçon qu'il était à l'époque, de l'homme qu'il aurait pu devenir. De son rire, de ses yeux, de sa voix. Je préfère ne pas parler de sa peau si douce et chaude sur le mienne, de sa bouche, de sa langue... De cette fois dans le lit de ces parents. Ma première fois.
Alors on parle d'autres choses. Pas vraiment de banalités, mais presque. On s'écoute attentivement. J'ai l'impression en le regardant de faire un retour dans le temps. Mais ça va, je supporte l'émotion. Je pense que j'ai même aimé de le revoir, Nico. Et pas seulement parce qu'à travers lui, je revois son frère...
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Nouvelles en direct de Barcelone
L'Espagne. La chaleur, le soleil. Ce soleil qui vous brûle et vous fait vous sentir vivant. Ces couleurs, tous ces contrastes. La voix des gens. Leur sourire, leurs gestes. J'en avais besoin.
Et Flo. La chambre d'hôtel. Enfin, je dis hôtel, mais en fait c'est une auberge de jeunesse. Dortoire de douze. On fait chier les autres occupants en rentrant à des heures pas possibles et en baisant à longueur de journée. On fume pas mal et on boit encore plus. On se marre bien. On se retrouve, en fait.
Mais y a toujours ce truc en moi. Cette petite voix lancinante, insistante, qui me répete que je n'ai qu'un tout petit geste á faire pour que tout s'apaise. Cette voix, je peux la mettre en sourdine, mais jamais la faire taire complètement. D'autant que les occasions sont nombreuses, ici. Barcelone, c'est le paradis des toxs, encore plus que Dam.
Mais c'est aussi le paradis des fêtards. Alors on se saoule de musique et de fêtes pour oublier qu'il y a toujours ce vide au creux de mon bras, ce manque au fond de mes tripes.
Ca va, je tiens la distance. A bientot.
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